Après Jaume Roures et Didier Quillot, c'est le président de Canal + Maxime Saada qui s'est présenté devant la mission parlementaire "droits télé et modèle économique sportif". Pendant près d'une heure et demie, le dirigeant de la chaîne cryptée a détaillé le déroulement de l'appel d'offres, mais en a aussi profité pour charger la LFP et Mediapro.
Entendu par la mission parlementaire menée par les députés Cedric Roussel (LREM) et Régis Juanico (Génération.s), Maxime Saada a tout d'abord souhaité revenir sur des "contre-vérités" par d'autres personnes auditionnées. "Avant Médiapro, il y a une relative stabilité. Monsieur Roures a dit des contrevérités concernant l'évolution des droits, affirmant qu'il payait autant que Canal. Nous payions 580M€ quand Médiapro payait 780M€ [...] Concernant la valeur intrinsèque de la Ligue 1, il faut revenir à la culture du foot en France. Il faut revenir à la valeur de ce championnat pour les consommateurs. Combien les foyers français sont prêts à payer pour le championnat en comparaison avec les anglais, les espagnols. Au Portugal, les JT majeurs des premières chaînes traitent au moins 10 minutes par jour sur des sujets foot. Combien sur TF1 ou France TV ? Autre point, les grandes stars françaises du foot n'évoluent pas en France. En France, on a un seul quotidien sportif, en Espagne, on en a 5. En France, le service public va déplacer les finales de coupes pour diffuser Fort-Boyard. Au niveau du palmarès européen, on est comparable à l'Ecosse, pas à l'Angleterre, l'Espagne ou l'Italie. Les Français ne sont pas prêts à payer autant pour l'ensemble des matchs du championnat de France. Mediapro en a été la démonstration" a expliqué le président de Canal + avant de s'attaquer à la LFP.
Au cours de son audition, le dirigeant de la chaîne cryptée a expliqué avoir fait un certain nombre de propositions afin de valoriser la Ligue 1, mais celles-ci n'auraient pas été bien reçues par la LFP. "J'ai fait un certain nombre de propositions pour renforcer la valeur du Championnat. On me l'a un peu reproché parce que certains présidents considéraient que je critiquais. Un des éléments qui a été public notamment, cela a été la réduction du nombre de clubs, je militais même pour une réduction à 16 clubs. Il y a un certain nombre d'autres suggestions qu'on a faites : des créneaux à 13 heures, démarrer la saison plus tard, éviter de programmer des affiches clés juste avant ou juste après la Ligue des champions, rendre les membres clés des équipes disponibles pour des interviews, le renforcement de documentaires et avoir un accès renforcé aux clubs, aux archives. Au niveau de la production, équiper les vestiaires de caméras, capter les réactions post-match à chaud dans le vestiaire, des micros sur les arbitres, etc. Mais aussi pour les compétitions, le renforcement du Trophée des champions, la mise en place d'un All-Star Game, la création d'une journée L1-D1 avec deux matches qui se suivent pour favoriser l'exposition du football féminin", a regretté Maxime Saada
Le président de Canal a ensuite poursuivi son audition devant les députés en revenant sur l'attribution du lot délaissé par Mediapro à Amazon. Maxime Saada a notamment regretté que le groupe français soit contraint de payer 332 millions d'euros par saison pour 20% des matchs, lorsque Amazon en paye seulement 250 millions pour les 80% restants. "Si on prend l'ensemble des matches considérés, Canal+ paye 4,3 millions par match là où Amazon paye 600 000 euros par match, c'est-à-dire un rapport de 1 à 6, a lancé le patron de la chaîne cryptée aux députés. Je rappelle qu'Amazon a les 10 meilleures affiches. Et si on prend seulement les matches exclusifs (en dehors des 19 co-diffusions), le rapport devient de 1 à 9. La discrimination est évidente. La vraie victime dans cette histoire, c'est bien Canal+. Elle subventionne l'arrivée d'Amazon sur le marché, avec la complicité de la LFP", a pesté le dirigeant de la chaîne cryptée. Le bras de fer n'est donc pas terminé, même si le 6 août dernier, le tribunal de commerce de Nanterre avait sommé Canal+ de tenir ses engagements concernant le paiement du lot 3.