Samedi, l’équipe de France a étrillé le Kazakhstan sur la pelouse du Parc des Princes (8-0). Au-delà de leur qualification pour la Coupe du monde au Qatar, les Bleus ont confirmé que le 3-4-3 mis en place par Didier Deschamps semble être le système le plus adapté à leurs qualités.
En juin, on avait quitté les Bleus défaits par la Suisse en huitièmes de finale de l’Euro, au terme d’une séance de tirs au but aussi dramatique que quasiment anecdotique. Si le raté de Kylian Mbappé avait beaucoup fait parler, l’intérêt se trouvait en réalité ailleurs. Trois ans après la victoire finale à la Coupe du monde en Russie, ce terrible échec devait permettre à Didier Deschamps d’opérer à une profonde remise en question.
À l’Euro, les Bleus avaient entamé leur premier match dans un 4-3-3 classique. Sur le front de l’attaque, le trio de rêve composé d'Antoine Griezmann, de Kylian Mbappé et de Karim Benzema semblait quelque peu livré à lui-même, ne disposant pas d’une animation lui permettant de briller. Face à l’Allemagne, portée par un Paul Pogba exceptionnel, l’équipe de France s’en est d’abord tirée face à une Mannschaft déboussolée. Malheureusement, en Hongrie, aucune des individualités n’était parvenue à sortir les Bleus du bourbier de la Ferenc-Puskas Arena (1-1). Même chose face au Portugal ou en plus d’un contenu médiocre, le résultat ne suivait pas (2-2). Comme un premier avertissement.
En huitièmes, face à la Suisse, Didier Deschamps s’essayait à une nouvelle formule, en 3-4-3. Certainement pas assez anticipé, le changement de système ne portait pas ses fruits. Si le sursaut d’orgueil de certaines individualités permettait aux Bleus de passer de 0-1 à 3-1 en quelques minutes en seconde mi-temps, cela n’était pas suffisant pour valider leur billet pour les quarts de finale. Comme un symbole, là encore, « le trio que toute l’Europe nous envie » faisait naître un sentiment de gâchis, comme si la mine d’or sous nos pieds n’était pas exploitée. De quoi faire naître quelques regrets chez Didier Deschamps.
Au-delà des offensifs, c’est toute une équipe qui, prise de cours par son sélectionneur, ne savait plus où donner de la tête. Face à la Suisse, Adrien Rabiot dût occuper pour la première fois de sa carrière un poste de piston gauche plus qu’inhabituel pour lui. De l’autre côté, Benjamin Pavard n’était pas plus à l’aise dans ce rôle-là, lui le défenseur central de formation. Derrière, Raphaël Varane ne semblait pas non plus très épanoui au moment de diriger la défense à trois.
En septembre, Didier Deschamps a d’abord décidé de faire une croix sur la défense à trois, revenant simplement au 4-3-3 de la phase de poules de l’Euro. Paradoxalement, ce fut une bonne chose que la supériorité individuelle ne permette pas aux Bleus de s’imposer en Bosnie-Herzégovine (1-1) et face à l’Ukraine (1-1). En octobre, pour les phases finales de la Ligue des Nations, la principale évolution a été l’arrivée définitive dans le onze de Theo Hernandez. Excellent depuis de nombreux mois du côté du Milan AC dans un rôle de piston gauche, le cadet de la fratrie Hernandez n’a pas tardé à éclairer le flanc gauche de l’animation offensive française. Infatigable, le Milanais a même permis aux Bleus de s’imposer au bout du temps règlementaire face à la Belgique en demi-finale (2-3). Au-delà de ça, il décharge le trio offensif de l’animation d’un côté gauche parfois embarrassant. Déjà née à l’Euro, la relation technique entre Kylian Mbappé et Karim Benzema s’est peu à peu affirmée, dans l’axe. Encore loin d’être flamboyants dans le jeu, les Bleus et Antoine Griezmann ont trouvé en Theo Hernandez une sorte de bouteille d’oxygène couvrant une zone dont les trois offensifs n'ont plus à se soucier. Observée à nouveau face à l’Espagne en finale (2-1), la tendance s’est confirmée samedi face au Kazakhstan (8-0). Bien que la faiblesse de l’adversaire kazakhstanais soit une nouvelle fois à souligner, les Bleus ont rassuré sur de nombreuses phases. Il faut dire qu’à droite, Theo Hernandez a trouvé son pendant en la personne de Kingsley Coman.
Titularisé pour la première fois dans ce rôle là en Bleu, le joueur du Bayern a écoeuré son vis-à-vis durant 79 minutes. Au top physiquement, le joueur formé au PSG a fait étalage de sa panoplie. Passeur décisif à deux reprises pour Kylian Mbappé, il n’a cessé de percuter, dribbler et porter le danger dans le camp kazakhstanais. En 80 minutes, dans un poste auquel il n'a évolué que trois fois au Bayern, le Munichois semble même avoir fait oublier les deux alternatives habituelles, Benjamin Pavard et Léo Dubois. Il faut dire qu’une fois l’apport offensif de chacun comparé, le débat n’existe plus. Concernant Kingsley Coman, la question est désormais de savoir s’il sera en mesure de rééditer telle performance face à une nation de plus gros calibre. Défensivement, il n’a jamais été testé par une attaque kazakhstanaise inexistante. De toute manière, même s’il venait à ne pas faire la maille d’un point de vue défensif, du côté de Lens, Jonathan Clauss attend sagement sa première convocation. À 29 ans, le piston droit lensois s’apparente totalement au profil dont a besoin Didier Deschamps pour évoluer à droite de son 3-4-3.
Autre point, qui dit défense à trois dit défenseurs centraux n’hésitant pas à prendre des initiatives. De ce point de vue là-aussi, Didier Deschamps n’a pas à s’en faire. S’ils n’ont pas l’expérience et le vécu de Raphaël Varane ou de Presnel Kimpembe, Dayot Upamecano et Jules Koundé présentent d’autres qualités. Face au Kazakhstan, dans la lignée de ce qu’ils produisent chaque week-end du côté du Bayern Munich et du Séville FC, les deux jeunes garçons n’ont cessé de tenter de créer le décalage. Fort d’un pied de grande qualité, Dayot Upamecano n’est pas en reste au moment de distiller de très bons ballons à n’importe quel endroit du terrain. À 23 ans, il est également capable de fixer l’attaquant, chose que n’offre pas Raphael Varane, par exemple. À sa droite, Jules Koundé est encore plus impressionnant dans ce registre. Samedi, l'association du Sévillan avec Kingsley Coman a épaté. En difficulté lors de ses débuts en Bleu, exilé à un rôle de latéral droit inhabituel pour lui, le jeune défenseur formé à Bordeaux a livré une prestation de grande qualité.
Pour ces deux-là, l’enjeu est désormais de gommer les petites erreurs de concentration qui peuvent polluer leurs prestations par moment. Pour cela, ils peuvent compter sur le taulier de la charnière, Lucas Hernandez. Toujours aussi précieux que ce soit défensivement, dans l’état d’esprit ou avec le ballon, l’ancien de l’Atlético est lui aussi un des grands gagnants du changement de système. Parfois trimballé entre le côté et l’axe, l’ainé des frères Hernandez est parfait dans le 3-4-3 mis en place par Didier Deschamps. Sur le côté gauche, la doublette avec son frère fait même plaisir à voir, comme Koundé et Coman de l’autre côté.