EXCLU : PSG-Liverpool, droits TV, Longoria... Emmanuel Petit lâche ses vérités sur les sujets brûlants du foot français

Emmanuel Petit, ex-international français.
Emmanuel Petit, ex-international français.

Retrouvez notre interview exclusive d'Emmanuel Petit, ancien international français (63 sélections).

Toujours présent sur le devant de la scène footballistique française, Emmanuel Petit vit le football comme une passion éternelle. Passé par la Premier League, l'AS Monaco ou encore le FC Barcelone, le champion du Monde 98 surveille d'un oeil avisé la situation actuelle du championnat français.

Pour MadeInFoot, grâce à CasinoHawks, Emmanuel Petit est revenu en détail sur le choc de ce dimanche entre le PSG et l'OL et l'affiche des huitièmes de finale de Ligue des Champions entre le PSG et Liverpool. Mais il s'est également exprimé sur la situation actuelle des droits TV et la sortie polémique de Pablo Longoria lors de AJ Auxerre - OM.

MadeInFoot : Ce dimanche, le PSG s'est imposé dans le choc face à l'Olympique Lyonnais. Malgré une nette domination, les Parisiens se sont fait peur en fin de rencontre. Est-ce un relâchement qui vous a interpellé ?

Emmanuel Petit : Hier, l'équipe a eu un match un peu plus compliqué, je dirais qu'elle s'est un peu reposée sur le fait qu'elle menait au score assez rapidement et qu'à la fin, elle a laissé un petit peu Lyon revenir dans le match et on a senti qu'à la fin, ça pouvait même faire un 3-3. Mais globalement, toutes les semaines, on confirme qu'il n'y a pas de rivaux pour le PSG en Ligue 1 et c'est peut-être ça le problème également. En Ligue 1, sincèrement, vu l'effectif et vu la qualité des joueurs du Paris Saint-Germain, il peut changer 5-6 joueurs dans son effectif, ça ne va pas empêcher à Luis Enrique de gagner un match.

Quelle est votre analyse sur le choc entre le PSG et Liverpool en huitième de finale de Ligue des Champions ?

Liverpool, à l'heure actuelle, c'est probablement une des meilleures équipes d'Europe depuis le début de saison. Ils ont fini premier sur ce mini-championnat en Champions League et ils sont le leader incontestable de la Premier League. Ils l'ont encore démontré face à City (2-0, NDLR) où ça a été une démonstration, encore une fois. On le dit souvent chaque année, c'est que Liverpool est obligé de batailler à chaque match en championnat, même contre les équipes de bas de classement. On l'a vu contre Everton (2-2, NDLR) récemment. Il n'y a pas de match facile en Premier League.

Mais en même temps, quand je regarde leur parcours en Champions League, il n'y a pas eu que des choses positives. Ils n'ont pas rencontré des cadors sur la scène européenne. C'est une petite curiosité pour moi. Je suis assez impressionné par la qualité du jeu de Liverpool, leur mental et le nombre de qualités qu'ils ont à la fois individuelles, mais aussi sur le plan collectif. Pas seulement en termes de football, mais également sur le plan mental. Ce sont des choses qui sont acquises depuis le début de saison du côté du PSG. Pour moi, le PSG est une équipe qui, depuis plusieurs semaines, est en train de monter en puissance. Elle n'a pas de rivaux en Ligue 1 et c'est peut-être probablement là le principal problème.

Un PSG impressionnant aussi sur la scène européenne ?

La double-confrontation contre Brest, honnêtement, je ne m'attendais pas à ce que Brest leur pose des problèmes. Mais je ne m'attendais pas non plus à ce que l'écart soit aussi important. Ils ont montré à la fois des qualités collectives de football, mais également de mental. Ce sont des choses où je n'avais pas encore la certitude. Ce qui me rend encore perplexe, sur un point bien précis, c'est qu'ils n'ont pas rencontré encore de cador, à la fois en Ligue 1, mais également sur la scène européenne.

Donc Liverpool reste le favori dans la double-confrontation...

Pour moi, Liverpool part avec un avantage, vu le passé de cette équipe sur la scène européenne, vu l'expérience des joueurs qui composent cette équipe et la dynamique aussi ces dernières années sur la Champions League. Le Paris Saint-Germain est une équipe jeune qui grandit, qui progresse semaine après semaine. Ce sera un gros test pour le Paris Saint-Germain. Ce ne sera pas une chose aisée pour Liverpool, quoi qu'on en dise, le Paris Saint-Germain, avec la confiance qu'il a, a la capacité à poser problème.

Pour vous, y a-t-il des clés importantes dans ce match ?

J'en vois quelques-unes. La première repose sur l’un des meilleurs joueurs au monde à l'heure actuelle, Mohamed Salah. Il l'a encore démontré hier. Le mec, ça fait combien d'années qu'il est à Liverpool ? Il a 32 ans, il est en train de réaliser sa meilleure saison, alors qu'il a déjà fait des saisons énormes avec Liverpool. Il sera confronté à Nuno Mendes, qui monte souvent et qui est important dans le jeu du PSG. Tactiquement, il va falloir gérer ça. Pour moi, c'est une des clés. Il va falloir quand même qu'il soit très bon sur le plan défensif. Mo Salah est une arme redoutable, mais il n'y a pas que lui. C'est le jeu collectif de Liverpool. Il y a aussi l'intensité que vont mettre les joueurs de Liverpool qui ont l'habitude de ça en Premier League. Ils ont l'habitude de cela en Premier League. On a vu aussi les difficultés du PSG. Comment vont réagir les milieux de terrain du PSG à l'impact que vont mettre les joueurs de Liverpool ?

Quelle est la différence entre le Liverpool de Jürgen Klopp et de Arne Slot ?

Depuis que Klopp est parti, Slot a changé un peu le jeu de Liverpool. C'est plus un jeu de possession. Mais c'est une équipe qui met beaucoup d'impact sur les duels dans l'intensité. Ils ont alterné le jeu de possession et le jeu de transition. On connait aussi les difficultés du PSG à ce niveau-là. Lorsqu'ils perdent le ballon, ça peut aller très vite en contre. Mais je me dis que le PSG, s'ils ont un bloc compact et qu'ils sont solidaires, qu'ils arrivent à augmenter leur qualité physique dans ce match-là, ils ont les qualités techniques pour leur poser des problèmes, mais surtout des individualités qui peuvent leur causer des soucis à certains endroits du terrain.

Que pensez-vous des récentes polémiques autour des droits TV ?

C'est un cirque. Je veux dire, pour moi, c'est une télé-réalité. Chaque jour qui passe, on a l'impression qu'il va y avoir encore un truc qui va sortir. Très honnêtement, c'est choquant ce qui se passe au niveau des droits télévisuels. C'est choquant toutes ces déclarations et ces vidéos qui sortent du domaine privé. Alors, ils cherchent la taupe. Aujourd'hui, beaucoup de présidents de Ligue 1 sont focus à trouver la taupe, alors qu'il faut trouver des solutions pour sauver le football français.

Un manque de sens des priorités ?

Tous ces patrons de clubs de Ligue 1 sont à la base des chefs d'entreprise qui ont du succès. Ce sont des capitaines d'entreprise et je suis très surpris et choqué de l'approche je ne vais pas dire d'amateurisme concernant les droits télévisuels mais tout ce qui en résulte pour moi est choquant. Ça te montre justement le manque de solidarité qu'il peut y avoir entre les présidents. Ça te montre l'inimitié qui peut exister, la rancœur, voire la haine. Comment tu peux trouver un consensus pour le bien de tout le monde et l'intérêt général, en sachant que personne ne tire dans le même sens ?

Sans compter l'influence de Nasser Al-Khelaïfi...

On voit très bien qu'il y a une main mise de Nasser Al-Khelaïfi sur la LFP. Il souffle en permanence aux oreilles de certains présidents, à commencer par le président de la Ligue. Ça fait des mois et des mois que je le dénonce. Je le fais de façon beaucoup moins virulente que certaines personnes qui travaillent dans les médias ou sur les réseaux sociaux. Parce que ça reste quand même difficile de gérer un club au niveau professionnel à l'heure actuelle. Mais toutes ces accointances, tous ces conflits d’intérêt sont choquants, mais ils ne sont pas étonnants. J'avais écrit des livres par le passé sur la Fédération française de football, sur les organismes qui nous gèrent au niveau européen et au niveau mondial. On est toujours dans des postures très politiciennes, avec un intérêt privé à défendre plutôt qu'un intérêt général.

John Textor en a remis une couche, ce dimanche...

Ce qu'il s'est passé hier à Lyon avec Textor qui met son chapeau de cow-boy en disant qu'il n'a pas entendu ce qu'a dit Nasser Al-Khelaïfi... Évidemment, tout le monde le sait. C'est un pied de nez à ce qu'a dit Nasser Al-Khelaïfi. Textor a été courageux de faire sa sortie dans la presse. Il n'a pas été suivi par beaucoup de présidents. Il y a lui, il y a Oughourlian (NDLR, le président du RC Lens), mais d'autres présidents commencent à retourner leur veste parce qu'ils se rendent compte de la manipulation dont ils ont été victimes. Et là, on apprend encore que DAZN a fait constater dans une clause du contrat qu'il avait avec la LFP, que la Ligue n’a pas le droit de discuter avec un autre télé-diffuseur avant le mois de décembre 2025. Il y a des clubs qui, à mon avis, ne sont pas très loin de mettre la clé sous la porte et être en faillite totale. Mais pour revenir au chapeau de Textor, pour moi, c'est anecdotique.

Canal+ peut-il être le sauveur de la Ligue 1 ?

Il faut complètement oublier Canal+. J'ai dit pendant des semaines que la façon dont Canal a été traité à l'époque, c’est une honte. Pour moi, il n'y a pas d'autres termes que le mot "chier sur la gueule" quand on parle de Canal+, avec la LFP. Quand on voit que pendant 30 ans, ils ont développé le foot français et le sport d'une façon générale en France, ils ont très bien traité le produit, ils l'ont mis en valeur. Ils ont été un partenaire fidèle et respectueux.

L'entrée en bourse ne répond pas aux attentes du groupe Bolloré. Ils sont avancés dans pas mal de domaines, pas simplement sportifs, qui leur coûtent énormément d'argent. Honnêtement, je ne vois pas Canal+ revenir, non-seulement pour des raisons financières, mais également pour des raisons d'égo.

Quand on a quelqu'un qui vous chie dessus, il n'y a pas de raison que vous leur tendiez la main, même s'ils sont dans la merde. Mais je pense surtout à ces centaines et ces centaines de salariés qui sont dans les clubs aujourd'hui et qui vivent avec l'épée de Damoclès en ne sachant pas ce qui adviendra de leur futur dans les semaines et les mois à venir. On est dans une impasse aujourd’hui.

Pablo Longoria est au centre des attentions ces derniers jours, suite à son craquage lors de la défaite de l'OM sur la pelouse de l'AJ Auxerre. Comprenez vous son agacement ?

Il est allé très, très loin dans ce qu'il a dit. C'est sous le coup de l'énervement. Il est toujours deuxième avec son club avec trois points d’avance sur Nice. Ils ont leur destin en main. C'est vital pour eux de jouer la Champions League. Je sais que l'OM a pris des engagements avec les joueurs qu'ils ont fait venir pendant le mercato hivernal et on connaît les difficultés financières de l’OM ces dernières années, c’est donc essentiel pour eux de se qualifier. En sachant que les droits télévisuels, ça reste quand même l'épée de Damoclès. Il a dit également, derrière, la menace de la Super Ligue. Comme si c'était un échappatoire aussi à ce niveau-là.

Le choix de l'arbitre, la goutte d'eau qui fait déborder le vase ?

On n'aurait jamais dû remettre cet arbitre sur ce match-là. Je veux dire, pour moi, c'est une provocation de la commission des arbitres. Quand on voit ce qui s'est passé lors du match Marseille-Lille en Coupe de France, quand on voit le deux poids deux mesures dans les sanctions, quand on voit qu'il y avait le délégué de la fédération, qui était présent lors de l'audition dans la commission des arbitres, quand on voit ce qui s'est passé et qu'il a dit que Medhi Benatia n'a jamais été insultant ou n'a jamais menacé l'arbitre, et que de l'autre côté, on a un président qui touche physiquement l'arbitre et qu'il reçoit, lui, une petite sanction, c'est démesuré. Mais d’un autre côté, il y a une communication sur les arbitres, depuis pas mal de semaines du côté de Marseille, qui est pour moi négative, qui est en train de se retourner contre eux.

Un besoin de réaction urgent de la part des instances ?

Sincèrement, il y a tellement de choses à dire sur ce qui s'est passé dans ces déclarations que, honnêtement, je leur souhaite bien du plaisir à tous, que ça soit les présidents du club de Ligue 1, que ça soit la commission des arbitres, que ça soit la Fédération Française de Football, toujours prompt à sortir justement de son silence pour condamner les gens, mais jamais de proposer de solutions. Donc, quelque part, l'état du foot français à l'heure actuelle est déplorable.

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