Arrivé à Lorient à l’été 2019 avec une belle réputation, Christophe Pélissier était très attendu dans le Morbihan. Si ses six premiers mois ont été très encourageants, la suite demeure bien plus maussade et pose question quant à sa capacité de remise en question. Comme un symbole des maux lorientais, à Metz ce dimanche après-midi (15h), les Merlus tenteront de stopper une série de vingt-trois déplacements sans gagner en Ligue 1.
Trois nuls et sept défaites sur leurs dix derniers matchs de Ligue 1, vingt-trois déplacements de suite sans victoire en championnat. Au premier abord, il va sans dire que la série que traverse actuellement Christophe Pélissier et le FC Lorient s’apparente à celle d’une lanterne rouge. Eh bien non ! Après avoir débuté la saison par trois victoires à domicile face à Monaco, Lille et Nice, les Merlus se sont assuré un léger matelas d’avance sur leurs concurrents pour le maintien. Un matelas en passe de disparaître s’ils ne réagissent pas très vite. Mais alors, faut-il conserver Christophe Pélissier ?
Dans un entretien accordé à Ouest-France jeudi, le président lorientais Loïc Féry a conforté son entraîneur. "Christophe Pélissier n’est pas menacé en cas de mauvais résultat à Metz dimanche. J’échange très fréquemment avec lui, il sera l’entraîneur du FCL jusqu’à la fin de saison. J’ai entièrement confiance dans le fait que lui et son staff ont les ressources et les capacités pour amener ce groupe de joueurs à se maintenir" a-t-il déclaré avant de justifier ses propos : "C’est un staff expérimenté, qui nous a fait monter en L1, qui nous a déjà maintenus l’an dernier. Les joueurs sont totalement derrière le coach. Il y a des choses encourageantes. Ai-je fixé un objectif de points d’ici à la trêve ? Non. On a un objectif de fin de saison qui est de faire mieux que l’année dernière. Je considère qu’avec nos moyens, on a la capacité de se relever de cette mauvaise passe et j’ai confiance dans l’équipe en place pour le faire."
Ce discours, aussi honorable soit-il, Loïc Féry ne le prononce pas pour la première fois. En 2018 puis en 2019, si le FC Lorient de Mickaël Landreau peine à raccrocher le wagon de tête en Ligue 2 malgré un effectif taillé pour monter, le président lorientais ne lâche pas son jeune entraîneur. Au contraire, indulgent malgré les impératifs de montée, il monte même au créneau pour défendre l’ancien portier international français. Finalement, en mai 2019, le contrat de ce dernier est résilié à l’amiable au terme d’une deuxième saison aussi cuisante que prévisible.
Avec Christophe Pélissier, Loïc Féry serait bien inspiré de ne pas réitérer la même erreur s’il ne veut pas retrouver Guingamp, Le Havre, Valenciennes et compagnie dès la saison prochaine, deux ans seulement après les avoir quittés.
Afin de bien cerner les problèmes que connaît actuellement le FCL, il est nécessaire de remonter au début du cycle Pélissier. À l’été 2019, alors que son club n’est donc pas parvenu à retrouver l’élite en deux ans passés sous les ordres de Mickael Landreau, Loïc Féry décide de frapper un grand coup en allant chercher Christophe Pélissier. À l’époque, fort d’excellents résultats avec Luzenac et Amiens, le technicien originaire de Haute-Garonne débarque dans le Morbihan avec une solide réputation. Justement, à Lorient, l’objectif de l’ex-mentor de Régis Gurtner est de faire remonter le club dès sa première saison. Au Moustoir, il entend également allier l’utile à l’agréable en offrant au public lorientais un football attractif dans la lignée de ce que produisait Christian Gourcuff quelques saisons auparavant. En Ligue 2, les premiers mois sont encourageants. Grâce au 4-2-3-1 mis en place par son nouvel entraîneur, Lorient gagne et joue bien. Dans l’entrejeu, le jeune Enzo Le Fée émerge et s’affirme match après match comme une pièce maîtresse du dispositif lorientais. Déchargé des tâches défensives par un double-pivot composé de Fabien Lemoine et Laurent Abergel, le milieu de terrain alors âgé de 19 ans enchante le Moustoir dans un rôle de meneur de jeu libre, juste derrière Pierre-Yves Hamel. À ses côtés, Yoanne Wissa et Jimmy Cabot se régalent et hissent le FCL en tête de la Ligue 2 à la trêve. Du 8 novembre au 2 février, les Merlus remportent neuf de leurs dix matchs de championnat, le tout en inscrivant la bagatelle de vingt-six buts ! Jusqu’au crash.
À Guingamp, le 8 février 2020, les Merlus s’inclinent dans le temps additionnel (1-2) après avoir ouvert le score. Plus qu’un accident, la défaite à Roudourou est un coup d’arrêt. Sur les quatre matchs qui suivent, Vincent Le Goff et ses partenaires sont défaits à trois reprises face à Clermont (1-2), Chambly (1-2) et à Ajaccio (1-0). Justement, dans leur rétroviseur, Ajaccio, Troyes et Clermont reviennent fort et figurent respectivement à deux, trois et quatre points au moment de la décision du gouvernement de mettre un terme à la saison le 28 avril. Malgré la gravité de la situation, les Merlus le savent, ils peuvent s’estimer heureux que la montée soit actée après seulement 28 journées.
Dans la lignée de leur dernier mois de Ligue 2, la première partie de saison 2020/2021 est très difficile pour les Merlus. Ce n’est pourtant pas faute de s’être renforcé. À l’intersaison, parmi les éléments majeurs ayant permis le retour dans l’élite, seul Jimmy Cabot a quitté le navire. Pendant ce temps, outre les prêts d’Andreaw Gravillon et Trevoh Chalobah, Thomas Monconduit, Quentin Boisgard, Terem Moffi et Adrian Grbic ont rallié le Morbihan. Pourtant, sur la phase aller, la mayonnaise ne prend pas. Pire, les Lorientais ne remportent que trois de leurs dix-neuf premiers matchs de Ligue 1 ! Lanterne rouge à la trêve, Christophe Pélissier et ses joueurs sont en grand danger. Face à la peur de descendre, l’ancien entraîneur d’Amiens opte alors pour une approche beaucoup plus défensive.
Baromètre de l’équipe, Enzo Le Fée peine à transposer son rendement de Ligue 2 dans l’élite, ce qui lui vaut de débuter un certain nombre de rencontres sur le banc. Du 4-2-3-1 du début de saison, les Merlus passent à une défense à 5 offrant à priori plus de garanties défensives. A défaut d’être flamboyants dans le jeu, Fabien Lemoine et ses partenaires se maintiennent sur le fil lors de l’ultime journée, assistant en deuxième partie de saison à l’émergence de Terem Moffi. Dans le sprint final, le regain de forme des Merlus coïncide également avec le retour au premier plan d’Enzo Le Fée qui semble enfin digérer le passage au niveau supérieur. Pour autant, il n’est pas question de s’exalter. Loin du RC Lens de Franck Haise ou du Stade Brestois de la première partie de saison sous les ordres d’Olivier Dall’Oglio, le FC Lorient ne fait pas rêver. Si un sursaut d’orgueil a permis au club morbihannais de se maintenir in-extremis, les Merlus vont devoir revenir avec d’autres intentions en 2021/2022 s’ils ne veulent pas vivre la même saison galère.
Au moment de débuter la nouvelle saison, tous les regards se portent sur Christophe Pélissier. Après une première saison sauvée miraculeusement par l’émergence de Terem Moffi, l’ancien de Luzenac est attendu au tournant. En poursuivant sur le même schéma, nul doute que son FC Lorient risque d’aller dans le mur. C’est pourtant l’option qu’il choisit au moment de se rendre à Geoffroy-Guichard lors de la première journée. Ce jour-là, la production lorientaise en dit long sur les intentions qui sont celles de leur entraîneur au moment de négocier la saison. À sa décharge, l’effectif lorientais n’a pas été renforcé à l’intersaison, au contraire. Parti à Brentford en échange de 10M€, Yoanne Wissa n’a pas été remplacé. Idem pour Andreaw Gravillon et Trevoh Chalobah, devenus cadres de l’effectif lorientais malgré leur statut de joueurs prêtés. En guise de recrue, le latéral droit Igor Silva et le défenseur central Moritz Jenz arrivent dans deux secteurs défaillants la saison dernière.
Malgré ces différents mouvements, toujours disposée en 5-3-2, l’animation mise en place par Christophe Pélissier n’a pas changé. Malheureusement, si elle transpire la stérilité dès les premières journées, cette dernière rapporte des points. Face à Monaco, les Merlus s’imposent à l’arrachée grâce à un pénalty de Terem Moffi. Face à Lille, Vincent Le Goff et ses partenaires l’emportent dans les derniers instants face à un LOSC bien pâle. Enfin, deux mois et demi après, les Merlus peuvent remercier Amine Gouiri d’avoir envoyé le penalty de l’égalisation dans le ciel du Moustoir dans le temps additionnel de la rencontre opposant Lorient à Nice.
Au-delà des résultats, cette saison, le total de quatorze buts inscrits en dix-sept journées interpelle. Si la perte de la dizaine de buts que garantissait Yoanne Wissa est à prendre en compte, les Merlus demeurent bien trop inoffensifs à l’approche du but adverse. Il faut dire que la saison dernière, le sprint final a caché bon nombre de lacunes. Souvent, les Merlus s’en sont sorti par des buts venus d’ailleurs, les buts victorieux d’Arnaud Laurienté face à Saint-Étienne (2-1) et de Laurent Abergel face à Brest (1-0) en étant les principales illustrations. Dans le jeu, les pensionnaires du Moustoir se sont souvent trouvé bien plus en difficulté au moment de créer. Un constat qui n’a pas évolué cette saison. À la pointe de l’attaque, Terem Moffi et Armand Laurienté déçoivent. Pourtant, alors que tous les signaux sont au rouge, Christophe Pélissier s’entête avec une animation minimaliste qui ne l’emmènera nulle part.
S’il espère sauver le club d’une éventuelle descente, le natif de Revel doit changer. Excellent à Marseille lors de sa première titularisation de la saison, Stéphane Diarra apporte quelque chose de différent à l’attaque lorientaise. Pourtant, le gamin n’a depuis eu droit qu’à trois petites opportunités de s’exprimer dès le coup d’envoi. Même chose pour Adrian Grbic. Brillant lors de sa saison à Clermont en 2019/2020, l’international autrichien n’a jamais eu droit à une véritable deuxième chance, lui qui démontrait pourtant des qualités certaines d’intelligence de jeu et de sens du but lors de son passage en Auvergne.
Au moment de dresser le bilan de la première partie de la saison, les faits interpellent. Même lorsqu’ils ont gagné face à Monaco, Lille et Nice, les Lorientais n’ont jamais montré de réelle capacité à prendre le dessus sur leurs adversaires. S’ils ne remportent pas un de leurs deux prochains matchs à Metz et face au PSG, les Merlus présenteront le même nombre famélique de victoires que la saison dernière à la trêve (3). Face à Nantes, dimanche dernier, comme un symbole, Enzo Le Fée et ses partenaires ont bien essayé de mettre le pied sur le ballon mais même face à des Canaris amorphes, cela n’a pas suffi à faire trembler les filets d’Alban Lafont. Il faut dire qu’à la pointe de l’attaque, Terem Moffi a semblé une nouvelle fois désemparé. D’ailleurs, pas sûr que le Nigérian soit capable de sauver une nouvelle fois les Merlus en deuxième partie de saison…