Interview : Christophe Pélissier (FC Lorient) - "La possession n'est intéressante que si elle crée un déséquilibre chez l'équipe adverse" (exclu MadeIn)

Christophe Pélissier (FC Lorient)
Christophe Pélissier (FC Lorient)

Pas de repos pour Christophe Pélissier ! Malgré la trêve internationale, l’entraîneur du FC Lorient nous a offert trente précieuses minutes de son temps pour se poser avec nous et évoquer la dernière ligne droite du championnat. Inquiet mais pas paniqué, comme il l’a souligné, le technicien reste tout de même confiant pour le maintien du FC Lorient en Ligue 1. Et cela passera par son envie de bien jouer, malgré la panne de ses attaquants devant les cages depuis le début de la saison… Rendez-vous dès demain, au Parc des Princes, pour défier le PSG.


MadeInFOOT : La trêve internationale ne tombe peut-être pas forcément bien pour Lorient, puisque vous étiez sur trois bons résultats lors des quatre derniers matchs. Comment la vivez-vous au niveau du timing ?

Christophe Pélissier : "Depuis le mois de janvier et quand on était dans une situation très difficile, on avait idée de se positionner pour le sprint final. On avait un premier objectif jusqu’à cette trêve, c’est d’être en mesure de participer à la lutte pour le maintien. Parce qu’on était dans une période difficile en janvier, une période de matchs en encaissant 7 buts et il a fallu faire un mois de février et mars assez positif pour aborder ce sprint final. Il reste 9 matchs, on est dans la lutte avec 5-6 autres équipes, c’était l’objectif qu’on s’était fixé. Donc je ne sais pas si la trêve arrive bien ou pas, il y a des joueurs aussi qui ont aussi besoin de récupérer que ce soit physiquement ou mentalement. Parce que quand on joue le maintien, ça demande aussi psychologiquement beaucoup d’efforts. On verra, disons qu’on a oeuvré pour aborder ce sprint final au mieux."

Aujourd’hui, vous êtes 16es à un point seulement de Saint-Etienne qui est barragiste. De votre côté, êtes-vous confiant pour le maintien ?

"On est confiants depuis le début, je crois que, quand on est dans cette lutte-là, il y a la notion de confiance qui est importante. Cette confiance qu’on doit renvoyer au groupe, en disant que ce groupe-là : il a comme toutes les équipes des qualités et des défauts. Mais à ce moment-là, il faut beaucoup accentuer sur les qualités, sur la confiance des joueurs pour jouer notre football. Donc on ne va pas dire qu’on est sûrs, parce que personne ne peut l’être, mais on est confiants en nos qualités pour défendre nos chances jusqu’à la fin."

Pour vous, quels sont vos principaux concurrents pour le maintien ?

"C’est nous ! Le principal adversaire, c’est nous. Il n’y en a pas d’autres. Je crois qu’il faut bien être conscient de ça, et c’est ce que je dis aux journalistes après les matchs, ils me parlent tout le temps des adversaires. Mais nous, ce qui est important, c’est qu’on se maintiendra que si on arrive à atteindre, je ne sais pas, 38 ou 40 points. Mais ce ne sont pas les adversaires qui vont faire que nous allons nous maintenir. Ça veut dire qu’il faut respecter, craindre tout le monde, mais aussi jouer avec nos qualités. Ce sont nos performances qui nous permettront de nous en sortir. Donc il n’y a pas d’adversaires qui nous font plus peur que d’autres, mais il faut respecter tout le monde. Sur les neuf matchs qui restent, il y a des points à prendre contre toutes les équipes, même celles où on pense que c’est impossible d’en prendre. Il faut jouer notre jeu à fond."

Vous avez pas mal de confrontations directes (Saint-Etienne, Bordeaux, Troyes) à domicile. On imagine que vous allez encore plus accentuer sur ces points qui valent double dans cette lutte pour le maintien.

"Comme on dit souvent, le maintien se jouera à domicile. On va recevoir Metz, Saint-Etienne et Troyes. Donc c’est sûr que ces trois matchs sont et seront hyper importants quoiqu’il arrive pour les deux équipes. Après, on se déplace chez les trois premiers du championnat. On va à Paris, on va à Nice, on va à Rennes et on ne s’interdira pas là-bas d’essayer de faire une performance pour prendre des points. On doit avoir l’ambition de prendre des points partout et contre n’importe qui. Donc oui, il y a des confrontations directes, mais il n’y a pas que ça."

« Le maintien, ça demande beaucoup de ressources mentales et psychologiques »

Comment se prépare-t-on en début de saison à jouer le maintien toute l’année ? Que ce soit au niveau de la confiance, de la préparation mentale…

"Quand on est des clubs du calibre de Lorient, de Troyes, de Clermont, de tous ces clubs-là, on ne sait pas qu’on va jouer le maintien parce qu’on a toujours l’idée de faire mieux. Mais on sait qu’à un moment donné, on a beau voir le classement, quand on regarde les budgets, on sait que les gros budgets seront là-haut et que nous on doit être prêts à ça. Il y a une dizaine d’équipes. Après selon comment se passe la saison, les blessures ou autre, on descend un peu dans le classement. On s’aperçoit qu’il y a 7 clubs qui sont susceptibles de jouer le maintien aujourd'hui. Je crois que ça demande beaucoup de résilience sur le plan psychologique et mental. Parce que c’est dur toutes les semaines de revenir. On sait que quand on joue le maintien on gagne peu de matchs, et c’est dur les lundis quand on enchaîne les défaites. Ça nous est arrivé de ne pas gagner pendant huit matchs et c’est compliqué. Mais c’est là aussi qu’il faut faire preuve de grosses ressources psychologiques et mentales pour amener le groupe aussi. Pour montrer au groupe qu’on est présents, on est là, on va être derrière eux, on va être avec eux pour les accompagner. Et que ce soit staff ou joueurs, ça demande beaucoup de ressources mentales et psychologiques."

Multipliez-vous encore plus le travail psychologique et mental avec vos joueurs, notamment avec de la communication ?

"Déjà c’est ma façon de fonctionner. La communication est pour moi un élément important de la réussite d’un groupe que ce soit entre le staff et les joueurs, entre les joueurs et moi. Ça a toujours été mon mode de fonctionnement. C’est vrai que c’est encore plus accentué, parce que tout le monde est un peu dans le doute. Il faut savoir un peu, même si c’est difficile, se couper de l’environnement extérieur, qui est toujours un peu négatif dans ces moments-là et c’est normal. Mais nous, il faut voir plus loin que ça. Il faut donner une voie à suivre, donner des objectifs à atteindre et faire comprendre au groupe, qu’avec ses qualités, on peut y arriver."

À Amiens, vous étiez réputé comme un entraîneur qui faisait vraiment bien jouer son équipe malgré les moyens du bord. Depuis que vous êtes à Lorient, avez-vous dû « renier » certains de vos principes pour assurer une plus grosse solidité défensive ?

"De toute façon, il faut être un peu plus pragmatique. Je crois qu’on a fait un début de saison qui était assez exceptionnel en terme de jeu, de qualité et de performances aussi. On a eu malheureusement un trou d’air où il y a beaucoup d’explications mais l’explication principale c’est que 6-7 joueurs du onze étaient blessés. Des joueurs importants comme Fabien Lemoine, qui n’a toujours pas repris, et qui étaient quand même des catalyseurs, des régulateurs de notre jeu. Je crois que le tournant a été le mois de janvier où on va à Lille et à Nantes. On prend 7 buts et notamment à Nantes, je crois qu’on arrive 18 fois dans la surface de Nantes mais on en prend 4. Donc à un moment donné, il faut être un peu plus pragmatique et dire : « bon c’est bien beau de dire que Lorient est une équipe qui joue bien au football ou autre, mais si c’est pour chaque fois donner des largesses défensives à notre adversaire et qu’il en profite, ça ne va pas le faire ». Il a fallu aussi avoir quelques idées, alors je n’aime pas le mot défensives, un peu plus collectives sur la récupération du ballon. Et à l’heure actuelle, c’est vrai qu’on a basculé là-dessus et avec succès. Parce que sur les 7 derniers matchs on a fait 5 clean-sheets, en jouant quand même Monaco, Lens, Strasbourg, des équipes qui sont offensivement très fortes. Mais ça passera à la fois par un équilibre et aussi notre capacité à marquer. Et je dis bien notre capacité à marquer et non se créer des situations. On est 13ème du classement au niveau des expected goals alors qu’on est la dernière attaque de Ligue 1. Par rapport aux situations qu’on se créait, on devrait avoir marqué 8 buts de plus que ceux qu’on a marqué. Si on avait marqué 8 buts de plus, on aurait quelques points en plus au classement. Donc c’est pour ça qu’il faut faire attention quelques fois quand on regarde les résultats bruts. On est la dernière équipe du classement en terme d’attaque, mais il faut regarder les situations qu’on se crée. À chaque match, on se crée des situations. Malheureusement pour nous, on n’est pas assez efficace pour les valider."

Justement, vous marquez moins d’un but par match cette année, c’est votre grand défaut. L’année dernière vous étiez à 1,3 but par rencontre. Comment expliquez-vous cette panne alors que Terem Moffi et Armand Laurienté sont restés à Lorient ? Est-ce que vous en parlez avec votre staff, avec vos attaquants ?

"Disons que par rapport à l’année dernière, on a perdu pratiquement notre meilleur élément offensif avec Yoan Wissa, qui était quand même sur 11 buts et 7 passes décisives. Donc c’est quand même un élément important. Et l’année dernière, Terem Moffi était exceptionnel avec 14 buts. À l’heure actuelle il en a 4. Il a eu beaucoup de situations pour marquer beaucoup plus que ça. On parle d’efficacité offensive, je crois que c’est ça. Il y a beaucoup de discussions avec eux, j’ai beaucoup d’échanges vidéos avec eux pour leur montrer aussi. Un attaquant a besoin de confiance. La chance qu’ils ont chez nous, c’est que lorsqu'on parle confiance par rapport au fait de jouer, les joueurs jouent beaucoup. Armand Laurienté a été blessé trois matchs, mais sur 26 matchs, il a été 22 fois titulaire. Terem Moffi, 21 fois titulaire. Ce sont des joueurs qui ont été utilisés, donc la confiance ils l’ont. Malheureusement pour nous, ils ne sont pas assez efficaces cette année."

"Je m’appuie beaucoup sur ce que disait (Pep) Guardiola. Il disait que le rôle d’entraîneur c’est de faire avancer son équipe jusqu’aux 30 derniers mètres adverses. Ensuite, c’est aux attaquants de jouer. C’est à dire travailler les sorties de ballons, l’animation offensive, après il disait aussi que ça dépendait de l’efficacité et du talent des joueurs. Si on était une équipe qui se créait aucune occasion par match, on pourrait avoir vraiment des doutes quant à notre capacité à être performant offensivement. Là, à part le dernier match contre Strasbourg, on frappe plus de 15 fois aux buts par match. On rentre plus de 15 fois par match dans la surface adverse. Après il faut convertir ces occasions et être plus efficace. Donc c’est du travail. Du travail sur le terrain, en vidéo, de communication avec eux pour qu’ils aient cette confiance."

On ne vous sent pas inquiet ni paniqué malgré cette petite panne offensive.

"Inquiets, on peut l’être parce qu’on est dans une position qui n’est pas top au classement, on est derniers en attaque. Mais si moi je suis paniqué, ça va provoquer de la panique chez les joueurs ! Donc ce n’est pas ce qui va les mettre en confiance. Quand on est dans ce rôle-là, il faut avoir un peu de lucidité et d’analyse. On peut dire qu’on est la dernière attaque donc on n’est pas bons. Mais après il faut analyser en profondeur, pourquoi est-ce qu’on est la dernière attaque ? Est-ce qu’on se crée des occasions ? C’est ça qui doit être regardé. Je suis inquiet comme, je pense, sept coachs peuvent l’être en ce moment en Ligue 1, mais je ne suis pas paniqué."

Au milieu de terrain, vous avez un joli mélange entre la jeunesse d’Enzo Le Fée et l’expérience de Laurent Abergel. Comment jugez-vous ce duo, qui est l’un des points forts de Lorient cette saison ?

"Laurent (Abergel) est mon capitaine parce qu’il montre toutes les valeurs que je prône au niveau d’un collectif. Quelqu’un qui ne lâche jamais rien, qui a fait beaucoup de progrès dans l’utilisation du ballon. Il était en complément avec Thomas Monconduit et Fabien Lemoine aussi qui ont un peu plus d’expérience et de justesse dans les sorties de ballon. Après, on a Enzo (Le Fée), dont son talent est reconnu. Il a eu un trou d’air aux alentours du mois de janvier-février qui a correspondu un peu la faiblesse de l’équipe. Mais notamment depuis le week-end dernier et le match à Clermont, on a retrouvé le vrai Enzo. Et pour moi, c’est un élément important sur la fin de saison sur le FC Lorient."

Enzo est-il un des joueurs les plus forts que vous avez eu sous vos ordres en terme de talent pur ?

"Oui, il fait partie d’eux, le plus fort non. Parce que j’ai eu quand même des Tanguy Ndombele, des Gaël Kakuta, des joueurs comme ça qui jouent un peu dans le même rôle que lui. Mais après, Enzo a une capacité à lire le jeu, à être très bon jusqu’aux 30 derniers mètres. Mais maintenant pour qu’il franchisse un cap, il doit être beaucoup plus efficace dans les 30 derniers mètres. Il en a largement les capacités."

« C’est un objectif de coacher une équipe une saison qui puisse jouer autre chose que le maintien »

Quelles sont vos influences au poste d’entraîneur qui se rapprochent de votre vision du football ?

"Si j’avais une influence au niveau du football mondial, c’est Jürgen Klopp (entraîneur de Liverpool, ndlr). J’adore voir ses équipes évoluer, avant à Dortmund et maintenant à Liverpool. J’adore sa façon de manager son groupe, son jeu de transitions. C’est vraiment quelqu’un que j’aimerais rencontrer, parce que j’aime bien sa façon de s’exprimer, on ressent une connexion avec son groupe."

Vous êtes sous contrat jusqu’en 2024 avec Lorient et vous montrez que les opérations maintien ne vous font pas peur année après année. Pour l’instant, c’est même une vraie réussite. En cas de maintien, vous voyez vous toujours sur le banc de Lorient l’année prochaine ?

"J’ai déjà répondu à cette question l’année dernière. J’ai des objectifs chaque année et j’essaye de les atteindre. Après j’ai envie de jouer autre chose que le maintien. Mon idée première c’est avec Lorient dans la mesure où je suis sous contrat jusqu’en 2024 avec le club. L’idée, c’est de permettre au club de jouer au moins la première partie de tableau. C’est un objectif de coacher une équipe une saison qui puisse jouer autre chose que le maintien. J’ai répondu ça en disant que le FC Lorient avait les structures, les qualités et les moyens pour pouvoir être capable de jouer un peu plus haut petit à petit. Ce sera avec un grand plaisir."

D’un point de vue personnel, vous avez une trajectoire ascendante dans votre carrière : Luzenac, Amiens, Lorient… On imagine qu’à terme il y a une progression en vue comme jouer au moins le top 10…

"C’est un objectif personnel. À l’heure actuelle, l’objectif, quand je coache une équipe comme le FC Lorient, est qu’on ait les qualités pour essayer d’atteindre cette zone-là. Je veux dire entre la 8ème et la 12ème place. Entre 8ème et 14ème peut être la prochaine étape pour un club comme le FC Lorient et pour moi aussi."

À Amiens ou à Lorient, vous avez réussi à imposer votre patte malgré des effectifs plutôt réduits. Est-ce que vous vous adaptez à l’effectif que vous avez ou essayez-vous d’inculquer vos principes de jeu peu importe l’effectif ?

"Quand on arrive, on essaye de s’adapter à l’effectif qu’on a mais aussi d’inculquer nos principes de jeu. Après, plus on reste dans un club, plus on arrive à mettre en place notre jeu. Moi j’aime bien avoir une équipe qui collectivement est très forte et qui s’appuie donc sur des valeurs collectives. Et derrière, j’aime bien aussi qu’on attaque rapidement le but adverse. On a tendance à dire que c’est un travail de transition, mais on ne travaille pas que ça. La seule chose que je dis, c’est que je n’aime pas quand on dit : ‘c’est une équipe de possession’. Parce que j’estime que la possession n’est intéressante que si elle crée un déséquilibre chez l’équipe adverse. Parce que, qu’est-ce qui conditionne le fait de bien attaquer ? C’est aussi la manière de défendre. Mon idée est de récupérer le ballon le plus vite possible et le plus haut possible pour attaquer le but le plus vite possible. Les très bonnes équipes arrivent à faire ça mais aussi à jouer un football de possession. On travaille beaucoup sur les valeurs collectives. Ce qui est important c’est que les joueurs aient identifié les choses à savoir lorsqu’on joue. Qu’est-ce qu’on fait quand on récupère le ballon haut, quand on le récupère au milieu et plus bas. Ce sont des principes de jeu plutôt que de dire ‘moi mon équipe je veux qu’elle ait un football de possession’. On a tous envie d’avoir le ballon, tous les coachs le veulent. C’est une manière de bien défendre aussi, parce que l’équipe adverse ne peut pas l’avoir. Mais moi ce que je veux surtout c’est qu’on profite du déséquilibre adverse pour attaquer, ce que l’on appelle la transition. C’est un principe de jeu qui me plaît."

Justement, ce temps pour travailler est une denrée très rare pour les entraîneurs en Ligue 1. Mais finalement, à Lorient comme à Amiens, vous avez eu du temps pour pouvoir travailler avec votre équipe.

"Ce n’est pas nous les coachs qui le maitrisons (rires). J’ai subi comme tout coach des tempêtes, et puis la direction à ce moment donné a décidé que je faisais front dans la tempête et que je pouvais être l’homme de la situation. C’est bénéfique pour tout le monde. Quand on joue le maintien, il y a toujours des situations qui sont tendues. À Amiens, à Lorient aussi. On m’a fait confiance parce qu’il y a la réussite au bout, donc le président se dit que je vais être capable d’y arriver. Je pense que pour pouvoir bien faire progresser une équipe, il faut qu’il y ait de la durée. Mais dans notre métier, c’est de plus en plus rare et il faut s’adapter. Mais moi de toute façon, quand j’arrive dans un club le premier jour, je me mets à 150% et jusqu’au dernier. Et il peut arriver très tôt ou très tard. Mais j’ai toujours envie de donner le maximum pour le club et le faire progresser."

Est-ce que c’est plus facile de gérer un effectif qui joue la montée ou un groupe qui vise le maintien ?

"Le plus difficile c’est quand on joue le maintien. Parce que quand on joue la montée, on est souvent sur de la réussite. Quand je suis arrivé à Lorient et quand on est monté en Ligue 1, j’arrivais de deux ans de Ligue 1 à jouer le maintien avec Amiens. Et en rigolant j’avais dit au bout d’un mois que la différence entre Amiens et ici, c’est qu’à Amiens quand on joue le maintien on gagne 1 match sur 4 par mois. Et ici on en gagne 3 sur 4. Et croyez moi le lundi dans le vestiaire, quand on a gagné ou perdu ce n’est pas du tout les mêmes visages qu’on a en face de nous. Quand il y a victoire, tout le monde a raison, tout se passe bien. Quand il y a des défaites et que ça s’accumule, on cherche un coupable et c’est le coach qui est visé. Donc c’est plus facile de diriger un club qui joue la montée même si les objectifs sont durs à atteindre aussi. On est dans une dynamique de management qui est totalement différente, parce que quand on joue le maintien, il faut être tout le temps dans une dynamique presque à contrecourant de tout le monde. Puisque quand on enchaine les défaites, presque tout l’environnement extérieur est un peu fort, dur. Et nous, au contraire, il faut être là pour encaisser tout ça et protéger les joueurs, pour garder leur confiance dans le projet et pour être performant sur le terrain. Donc ça demande encore plus de communication. Pour avoir connu les deux, je ne parle pas d’objectifs mais de management, c’est bien plus facile quand il y a de la réussite de week-end en week-end plutôt que beaucoup de défaites. À chaque fois, il faut rentrer dans un vestiaire le lundi qui est meurtri, et il faut remonter le moral à tout le monde et garder la confiance de tout le monde. Ce n’est pas évident."

Comment gérer un effectif qui enchaine les victoires pour garder les pieds sur Terre et ne pas s’enflammer ?

"Il faut faire preuve d’humilité, ça fait partie de mes valeurs que j’essaye d’inculquer au groupe. On donne des objectifs tout le temps. Parce qu’en fait la victoire et la défaite, c’est la sanction d’un match. Mais quand on prépare un match, avec les objectifs ou autres, ce n’est pas parce que on gagne qu’on a réussi notre match. Des fois, entre une victoire 1-0 et une défaite 1-0, ça ne se joue pas à grand chose. Donc, il faut toujours donner des objectifs au club et aux joueurs. Surtout quand on gagne, il faut toujours ramener tout le monde « sur Terre ». C’est toujours pareil par rapport à l’environnement extérieur. Il faut avoir une ligne directrice, définir des objectifs de performance et de jeu. Le résultat n’est que la conséquence."

Aujourd’hui, les réseaux sociaux ont une influence énorme chez les joueurs, notamment sur le jugement des performances. Dans la lutte pour le maintien, cela joue beaucoup pour le mental des joueurs. Devez-vous être encore plus vigilant pour que les réseaux ne soient pas néfastes pour votre travail ?

"Je crois que les joueurs doivent bien comprendre dans quel environnement ils évoluent. Bien sûr il y a les réseaux sociaux maintenant, qui pour moi, sont très durs à vivre pour eux. Que ce soit dans un sens comme dans l’autre. C’est pour cela que je parlais d’environnement extérieur précédemment. Nous, on est souvent à contrecourant. Il faut faire attention que les joueurs ne soient pas trop exposés, même si les jeunes joueurs sont H24 dessus maintenant. Mais oui, ça fait partie d’une donnée importante de notre métier."

Est-ce les retours de la presse ont une valeur pour vous dans vos analyses de match ?

"Non, pas du tout. Ça n’a pas valeur d’analyse, mais par contre, ça peut être quelque chose d’important quand un joueur subit beaucoup de critiques, justifiées ou non. Mais je crois que c’est là qu’il faut être vigilant avec le staff, pour ne pas en rajouter nous. Et souvent, parce que les joueurs ont beau dire qu’ils ne regardent pas leurs notes, ils regardent tous, ou quelqu’un va leur dire. Je parlais de confiance tout à l’heure, quel intérêt pour nous d’en rajouter ? Il faut avoir une analyse bien plus approfondie que des notes. Et c’est pour cela que je disais qu’il y avait beaucoup de communication et de travail individuel en vidéo avec le joueur."

« Avant son arrivée, j’étais un grand partisan de la VAR. Maintenant, j’en suis un grand détracteur »

Il y a parfois des consignes que vous pouvez donner à vos joueurs et dont la presse n’a pas idée…

"Bien sûr, exactement. C’est pour cela qu’il faut faire attention et je ne m’en sers pas du tout d’analyse. Mais par contre je sais ce que j’ai demandé à mon équipe et à mes joueurs avant le match. Mon analyse sur leurs performances dépend de ce que j’ai donné comme consignes. Après, est-ce que c’est en adéquation avec ce qu’a dit la presse ? Si c’est le cas, je fais attention à comment je vais le dire au joueur. Mais si ce n’est pas le cas, et si le joueur a répondu à mes attentes, je dois lui dire et lui montrer pour qu’il garde confiance en lui."

Quelle vision avez-vous des nouveaux outils mis à disposition des arbitres comme la Goal Line Technologie et l’arbitrage vidéo ?

"Pour tout vous dire, quand il y a eu le débat sur l’instauration de la VAR, j’étais un grand partisan de la VAR. Maintenant, je suis un grand détracteur de la VAR. Parce que j’estime que la VAR est là normalement pour répondre à un problème d’arbitre qui n’a pas vu une erreur manifeste. C’est exactement le mot qui est marqué. Et je trouve que, selon l’équipe qu’on est et là on ne peut pas me dire le contraire, l’erreur est vue ou pas. Je ne veux pas rentrer dans la polémique, mais quand on voit le pénalty qui n’est pas sifflé pour la faute sur Delort ce week-end (contre l’OM, ndlr), parce que l’arbitre ne l’a pas vu ok mais qu’est-ce que fait la VAR ? Je crois qu’on l’a tous vu… Mais nous aussi on l’a subi, je ne parle pas que du cas du FC Lorient, beaucoup d’équipes l’ont subi aussi. Pour moi, la VAR, pour le moment, ne répond pas à ce que j’attendais de l’aide de la vidéo. À ce moment-là, il vaut mieux laisser l’arbitre se tromper et faire tout seul. Parce que ça nous enlève des moments d’émotions. Quand on voit un but marqué, il faut des fois attendre 3 minutes pour savoir s’il y a but, pas but. Moi j’étais pour la VAR, mais à un moment donné j’aimerais qu’on définisse son rôle. À l’heure actuelle, elle ne doit être là que pour des situations de hors-jeu. Parce quand on commence à regarder s’il y a faute ou pas dans la surface parce qu’il a touché le pied au bout de 500 ralentis, pour moi ce n’est pas ça l’aide à la vidéo pour l’arbitre."

"La Goal-line, c’est très bien, parce que si le ballon a franchi la ligne, on en reste là. Pour moi, la VAR ce devrait être hors-jeu ou pas et pas autre chose. On en est à plus savoir ce qu’on fait. Est-ce que cette main est sifflée ? Parce qu’elle l’est dans un match et pas un autre. Tout le monde est en conflit avec la VAR, il n’y a pas que moi. Tous les coachs après chaque match, on est en conflit. Elle n’est pas efficiente."

La notion d’erreur manifeste est aujourd’hui un problème car elle reste subjective. Un arbitre va trouver qu’une erreur est manifeste, un autre non…

"Oui ! Et puis selon l’angle de la caméra aussi, une image arrêtée… C’est pour cela, j’étais pour. Maintenant je suis à me demander si la VAR ne serait pas mieux que pour les situations de hors-jeu…"

Est-ce qu’elle change votre approche des matchs, dans le secteur défensif notamment ?

"On est obligés de dire aux défenseurs de défendre avec les mains dans le dos, ce qui est une chose totalement aberrante. Quand on saute, maintenant il faut sauter avec les mains dans le dos, c’est tellement aberrant. On dit simplement aux joueurs faites attention aux coups de pied arrêté, parce que la VAR peut intervenir. Surtout quand on est une petite équipe, croyez-moi que la VAR regarde plus attentivement que sur d’autres."

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