Interview : Son rôle de journaliste bord de terrain, ses meilleurs souvenirs, Thierry Gilardi… David Astorga se confie (exclu MadeIn)

David Astorga, journaliste bord de terrain d'Amazon Prime Video.
David Astorga, journaliste bord de terrain d'Amazon Prime Video.

David Astorga est un journaliste de sport bien connu du paysage audiovisuel français. Après une première carrière à Eurosport, TF1 et Canal +, il est revenu dans le football français ces deux dernières années afin d’occuper le poste de journaliste bord de terrain pour le diffuseur de la Ligue 1, Amazon Prime Video. Au travers d’un entretien accordé à MadeInFOOT, il a accepté de revenir sur son parcours tout en se confiant sur les enjeux de la nouvelle saison.

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MadeInFOOT : Bonjour David, pourriez-vous vous présenter en quelques mots et retracer votre parcours de journaliste ?

David Astorga : J’ai 49 ans, je suis journaliste de sport depuis une vingtaine d’années. J’ai commencé dans un petit magazine qui s’appelait Capitale Foot avant d’aller à Eurosport en tant que reporter où j’ai commencé à travailler sur des émissions de football. Je suis passé à TF1 en 2005 et j’ai pu travailler sur l’émission Téléfoot en tant que chroniqueur puis reporter. Ensuite, j’ai œuvré auprès de l’équipe de France en tant que journaliste bord de terrain avant d’aller à CFoot puis Canal + en tant que présentateur d’émissions. Enfin, j’ai navigué à droite à gauche avant de revenir dans le monde du football en 2020 via l’opérateur Free et à travers la web-série que j’ai créée qui s’intéresse aux joueurs en devenir du football français puis chez Amazon Prime Video.

Est-ce que vous vous rappelez du premier match que vous avez couvert au bord du terrain ?

Oui ! C’était un match entre l’AS Saint-Étienne et le LOSC joué en Coupe de France durant le début d’année 2006. Je l’avais couvert pour TF1.

À l’époque où vous pratiquiez le métier sur TF1, votre collègue Thierry Gilardi était adepte du leitmotiv "Informer, cultiver, divertir". Comment faites-vous pour appliquer ce principe aujourd’hui ?

Cela dépend surtout du rôle que l’on tient dans un dispositif à la télévision ou ailleurs. Je pense que dans ce métier, nous avons tendance à oublier que la première mission consiste à s’informer puis à informer. Je suis de la vieille école donc je reste attaché aux principes mêmes du journalisme, c’est-à-dire que je vais au moins essayer de vérifier l’information avant de la donner. Ce sont des choses qui restent importantes pour moi.

Quel souvenir ou trait de caractère gardez-vous de lui ?

C’était quelqu’un d’enthousiaste et de très professionnel avec une voix exceptionnelle. Il était capable d’emmener avec lui les téléspectateurs mais pas seulement les téléspectateurs. Quand vous faites ce métier-là, vous avez aussi toute une équipe derrière vous. Il est important d’être capable de l’emmener aussi derrière soi. Thierry avait cette force fédératrice !

Pourquoi avoir choisi de revenir dans la fonction de journaliste bord de terrain après avoir coupé pendant plusieurs années ?

C’était une opportunité que m’a offert Amazon Prime Video. Avant cela, je n’avais jamais vraiment travaillé uniquement sur la Ligue 1 puisque quand j’étais à TF1, je travaillais surtout auprès de l’équipe de France tandis qu’à CFoot, on travaillait un peu sur la Ligue 1 et la Ligue 2. Avec Amazon Prime Video, cela me permettait de reprendre pied dans le football français et cela sonnait aussi comme quelque chose de nouveau pour moi.

Quelles qualités faut-il mobiliser pour être un bon journaliste bord de terrain ?

Je pense qu’il faut avoir joué un minimum au football pour le connaître et aimer ça. Dans les dispositifs actuels comprenant deux commentateurs, un journaliste et un consultant ainsi qu’un journaliste bord de terrain, ce dernier est un peu l’œil des commentateurs. On lui demande donc d’avoir un œil avisé ou presque. Il faut soit beaucoup aimer ce sport soit être capable d’en connaître les ressorts pour pouvoir apporter de l’expertise.

Quels aspects du jeu faut-il analyser en priorité pour poser la bonne question aux joueurs ?

Il n’y a pas de meilleure question. Je pense qu’il faut coller au maximum au match et à ses actions. Il faut également se concentrer sur un acteur principal du match à interroger. Par exemple, lors du dernier Trophée des Champions, nous sommes allés sur Neymar car il avait mis un but et une passe décisive en étant dans l’œil du cyclone. Ce sont surtout les événements de la rencontre qui dicteront le choix de celui que l’on veut en interview et les questions que l’intervieweur va lui poser. Pourtant, en Ligue 1, dans certains clubs, ce n’est pas toujours facile d’avoir le joueur que l’on veut !

Est-ce que vous pensez incarner une figure de vulgarisation tactique aux yeux des téléspectateurs avec ce rôle au bord du terrain ?

Non parce que selon moi, cela correspond davantage au travail des commentateurs. Un match de football se voit beaucoup mieux depuis le poste commentateur grâce au plan large qu’au bord du terrain. Le bord de terrain nécessite de suivre beaucoup plus le ballon tandis qu’en haut, la vision est bien meilleure !

Avez-vous découvert des talents du football français grâce à ce rôle en bord du terrain ?

Je dirais Castello Lukeba ! Je l’ai vu réaliser de très très bons matches même si je le suivais déjà plus ou moins avant la saison dernière parce que je l’avais demandé pour ma web-série sur les jeunes talents intitulée Rookies. Ça ne s’était pas fait pour diverses raisons mais c’est un joueur que je connaissais déjà de nom et de vue car je l’avais vu jouer avec la réserve de l’Olympique Lyonnais. Si l’on parle uniquement de jeunes talents, c’est le joueur qui a vraiment crevé l’écran à mes yeux, l’année dernière ! Quand on se croise, on se salue gentiment puisqu’il sait qui je suis et je sais qui il est.

Vos souvenirs les plus marquants sur Amazon Prime Video ?

Il y a eu des bons moments à Lens. Travailler à Lens pour nous, c’est toujours quelque chose car nous sommes toujours très bien accueillis par les dirigeants, le staff puis le public est toujours très bienveillant avec le diffuseur que nous sommes. C’est toujours un vrai plaisir d’aller là-bas et je m’en souviens en premier car nous avons beaucoup couvert cette équipe. Il y en a d’autres aussi, j’en oublie. Sinon je repense à un match Saint-Étienne - Lorient, assez incroyable d’un point de vue du scénario puisque Saint-Étienne menait deux buts à zéro au bout de quinze ou vingt minutes avant de finalement perdre 6-2 (le 8 avril dernier, ndlr). Il y a eu évidemment tous les incidents en tribunes qui ont été marquants pour nous, car nous étions souvent vraiment touchés par ces événements lors d’émissions en prime-time. Cela faisait aussi longtemps que je n’étais pas retourné à Marseille pour ressentir l’ambiance du Vélodrome. C’était aussi assez marquant. Enfin, il y a eu la dernière journée avec le sacre du Paris Saint-Germain parce qu’il y a eu le départ d’Angel Di Maria, la prolongation de Kylian Mbappé. C’était donc une soirée de spectacle assez marquante.

Quelles sont les spécificités de la réalisation TV proposée par Amazon Prime Video par rapport aux autres expériences que vous avez pu connaître ?

Aujourd’hui, il n’y a plus vraiment de grande révolution concernant la réalisation TV pour du football. Avec une vingtaine de caméras, il est désormais possible de quasiment tout voir de ce qu’il se passe sur le terrain. La prochaine révolution concernera peut-être, un jour, le son et notamment la sonorisation des arbitres et des joueurs. Le dispositif d’Amazon Prime Video est assez riche puisqu’il y a toujours un journaliste bord de terrain, un journaliste et un consultant sur chaque rencontre. À mon sens, cela met en valeur le produit c’est-à-dire qu’un supporter d’Ajaccio, de Toulouse, de Paris, de Reims arrive sur la plateforme et sait à quoi s’attendre car il aura un avant-match, une mi-temps et une analyse d’après-match quel que soit l’affiche proposée. Il sera accompagné dans son visionnage par des gens de qualité. Je trouve ça bien que ce dispositif ne soit pas seulement présent sur les émissions en prime-time. Chaque match possède sa couverture et son histoire.

Si vous deviez choisir un mot pour décrire la saison de Ligue 1 qui arrive, lequel ce serait ?

Attention ! D’abord, parce qu’il y a quatre descentes, c’est la première fois et je pense que cela va être l’un des principaux enjeux de cette saison. On se doute que sauf accident industriel, Paris sera champion même si il faut voir ce que vaut Monaco ou Lyon sur une saison, Je dirais attention, car il va non seulement y avoir quatre descentes, c’est beaucoup, mais il y aura une coupure avec la Coupe du Monde. Je pense donc qu’il y aura deux saisons dans une seule saison, car cette compétition et cette trêve va forcément impacter certaines équipes. D’autres vont pouvoir refaire une préparation pour les joueurs non sélectionnés en équipe de France ou dans leurs sélections respectives. C’est pourquoi je dis attention !

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