Samedi, le match délivré par l’OL à Nice a mis en lumière tout ce qu’est son entraîneur Peter Bosz. Rayonnants pendant 80 minutes au terme desquelles ils menaient 2 à 0, les Lyonnais ont fini par s’incliner de manière totalement invraisemblable (3-2). De quoi faire ressurgir les vieux démons du technicien néerlandais.
Aussi plaisant que frustrant. Dimanche, à dix minutes du terme de la rencontre entre l’OL et Nice, tous les superlatifs sont bons pour qualifier la prestation des hommes de Peter Bosz. Déjà hyper séduisants à Prague dans la semaine (3-4), les Lyonnais ne font dans un premier temps qu’une bouchée des Aiglons. Porté par un milieu de terrain resplendissant ainsi qu’un Jérôme Boateng des grands jours, l’OL n’a jamais été inquiété et se dirige tranquillement vers une troisième victoire d’affilée toutes compétitions confondues. Jusqu’à la catastrophe. Lorsque Youcef Atal réduit le score pour Nice à neuf minutes de la fin du temps règlementaire Atal (1-2), il n’y pas encore péril au sein de la demeure rhodanienne. Si l’OL s’apprête à vivre une fin de match tendue, les supporters lyonnais sont encore bien loin de se douter du scénario à venir.
Les choses se compliquent à la 85ème minute. Passé à côté de sa rencontre, Tino Kadewere dégoupille. Après avoir manqué une nouvelle énième occasion de tuer le match, l’attaquant zimbabwéen pète les plombs et tacle violemment le niçois Melvin Bard. Expulsé, il laisse ses partenaires à dix. Sur le banc lyonnais, Peter Bosz a chaud. Alors que Xherdan Shaqiri et Rayan Cherki s’échauffent, l’OL vient de concéder son sixième carton rouge de la saison toutes compétitions confondues ! Peter Bosz peut s’en vouloir. À ce moment-là, l’expérimenté technicien de 57 ans sait pertinemment qu’il aurait dû sortir son joueur plus tôt dans la partie. Ce n’était pourtant pas faute de disposer de solutions. Poussés par leur public ainsi que par un Youcef Atal de feu, les Niçois donnent un nouveau coup de collier et obtiennent un pénalty deux minutes plus tard. Sur son côté, déjà fautif sur le premier but des Aiglons, Emerson n’en peut plus et est complètement dépassé. Andy Delort transforme et ramène les siens à 2-2. Là encore, le scénario n’est pas inédit, loin de là. Cette saison, l’OL est l’équipe ayant perdu le plus de points dans les dix dernières minutes de ses matchs (8).
8 - Lyon a perdu 8 points après la 80e minute de jeu cette saison en Ligue 1, soit au moins le double de toute autre équipe. Gâchis. #OGCNOL pic.twitter.com/L25Brp709N
— OptaJean (@OptaJean) October 24, 2021
Dans le temps additionnel, le but du jeune Evann Guessan rend hystérique Christophe Galtier. Auteurs d’un match très décevant dans l’ensemble, les Aiglons s’imposent (3-2) et signent leur retour sur le podium. Troisièmes en cas de victoires, les Lyonnais sont neuvièmes avec 16 points après 11 journées. Au micro de Prime Vidéo, Léo Dubois est fou de rage. "Je ne comprends pas comment cela peut arriver. On pète les plombs en fin de match alors qu’on était meilleurs techniquement dans le jeu. Ça me dégoûte, ça me fait chier, on passe à côté de notre sujet mentalement. Il faut qu'on grandisse, ce n’est pas possible ! On a perdu, maintenant il faut qu'on se remette en question. Ça me dégoûte, ça me fait chier parce qu’on ne mérite pas ce qu'il se passe. On bosse tous les jours pour être soudés et aujourd'hui, on passe à côté !" déclare-t-il. Bien que réalisée à chaud, l’analyse du capitaine lyonnais est intéressante. Le "on ne mérite pas ça" en dit long. Loin du jeté de pièce des époques Bruno Genesio et Rudi Garcia, l’OL de Peter Bosz sait où il veut aller. Reste désormais à y parvenir durablement. Un problème que connaissait déjà le technicien néerlandais lors de ses expériences précédentes.
Révélé aux yeux du grand public lors de l’épopée de l’Ajax en Europa League lors de la saison 2017, Peter Bosz est depuis plusieurs années un entraîneur reconnu de toute l’Europe pour ses principes de jeu. À l’été 2017, le Borussia Dortmund fait appel à lui pour succéder à l’excellent Thomas Tuchel, parti au PSG. Qui de mieux qu’un homme habité par la notion de pressing pour succéder à Thomas Tuchel et Jurgën Klopp ? Dans la Rhür, les choses ne se passent pourtant pas tout à fait comme prévu pour l’ancien joueur Sporting Toulon de 1988 à 1991. Si les principes de jeu sont plus qu’intéressants, le constat n’est pas aussi rose d’un point de vue comptable. Le derby de la Rhür du 25 novembre 2017 est un tournant de son aventure jaune et noire. Face au voisin de Schalke 04, alors dauphin du Bayern Munich, le Borussia réalise une première mi-temps exceptionnelle. Pendant quarante-cinq minutes, Pierre-Emerick Aubameyang et les siens écrasent littéralement les hommes en bleu. Après vingt-cinq minutes, ils mènent 4-0. Pourtant, tout s’écroule en seconde période, jusqu’à finir par concéder un match nul surréaliste (4-4). Huitième de Bundesliga après quatorze journées, Dortmund est "en crise". Hautement menacé, Peter Bosz est évincé le 10 décembre 2017 après une nouvelle défaite sur la pelouse du Werder Brême (2-1).
Après un an passé loin des bancs, le Néerlandais reprend du service en décembre 2018. Mal en point en Bundesliga, c’est cette fois le Bayer Leverkusen qui fait appel à lui. Sous Peter Bosz, le club de Rhénanie-du-Nord redresse la barre et se qualifie pour la Ligue des Champions. À la BayArena, le spectacle est de retour. Toutefois, pour Peter Bosz, le contraste jeu produit/résultats refait son apparition en 2019-2020. Encadrée par le taulier Charles Aranguiz, la classe biberon du Bayer régale dans le 3-4-3 mis en place par l’ancien entraîneur de l’Ajax. Milieu relayeur à ses débuts, Kaï Havertz se voit confier un rôle de faux numéro 9 dans lequel il excelle. Sur les côtés, les fusées Moussa Diaby et Leon Bailey affolent les défenses de Bundesliga. Pourtant, le Bayer craque lors des dernières journées et voit le Borussia Mönchengladbach lui souffler la quatrième place qualificative pour la Ligue des Champions. Voilà les prémices des maux du Bayer version Bosz. En 2020-2021, malgré le départ de Kaï Havertz, Edmond Tapsoba et ses partenaires commencent sur les chapeaux de roues. Leader de Bundesliga après douze journées, Leverkusen est toujours aussi flamboyant. Malheureusement, le déclic intervient face au Bayern Munich. Malgré une performance de très haut vol, le Bayer s’incline au bout du temps additionnel sur un but de l’impitoyable Robert Lewandowski. En découle une série de mauvais résultats conduisant au licenciement de Peter Bosz le 23 mars 2021.
Entre Rhône et Saône, Peter Bosz va devoir tirer rapidement les leçons de ses erreurs s’il veut avoir le temps d’amener son équipe là où il le souhaite. À Nice, les Lyonnais n’ont fait que revivre les scénarios des matchs face à Clermont (3-3), Paris (défaite 2-1) et Saint-Étienne (1-1). Toutefois, une chose est sûre, quelque chose se passe avec cet effectif et il serait vraiment dommage que les chemins du club et du technicien néerlandais se séparent très bientôt. À froid, mardi, Peter Bosz a d’ailleurs tenu à tirer le positif de ce qui s’apparentait jusqu’à la 80ème minute au premier vrai match référence de l’OL cette saison.
Quelques heures après la défaite rageante à Nice, le coach Peter Bosz a fait le bilan des dernières prestations de son équipe et s'est projeté avec optimisme vers les prochaines échéances. 🎙#OLRCL pic.twitter.com/0uakfaACbP
— Olympique Lyonnais (@OL) October 25, 2021
"Je ne croyais pas que cette équipe pouvait jouer comme ça. Ça me donne beaucoup de confiance pour le futur. En début de saison, je n’étais pas du tout content de notre manière de jouer. Par exemple, à Angers, c’était très, très mauvais (Ndlr, défaite 3-0 lors de la 2ème journée de Ligue 1). Mais en ce moment, c’est complètement un autre OL. On voit une équipe qui joue ensemble, qui presse haut, qui joue avec beaucoup d’espace dans le dos, qui joue bien au foot" a-t-il déclaré avant de nuancer : "On a beaucoup progressé mais on n’est pas encore là où on veut aller." Justement, face aux trois concurrents directs Lens (samedi 21h), Rennes (7/11) et Marseille (21/11), l’OL devra aller où le souhaite son entraîneur. En cas de mauvais résultats lors de ces matchs-là, Peter Bosz pourrait malheureusement connaître une nouvelle tempête, voire pire, un troisième licenciement en quatre ans. Un bilan aussi fâcheux que paradoxal au moment où les supporters lyonnais se sont de nouveau pris à vibrer.