Stade Brestois : Une rupture dans la politique sportive qui ne pardonne pas

Michel Der Zakarian le sait, ses jours sur le banc brestois sont comptés.
Michel Der Zakarian le sait, ses jours sur le banc brestois sont comptés.

Fort d’une politique sportive cohérente depuis l’arrivée à la présidence du club de Denis Le Saint en 2016, le Stade Brestois a changé de cap lors de la dernière intersaison. Résultat, après neuf journées, le club n’a toujours pas gagné et est en grand danger en Ligue 1. Pire, aujourd’hui, les leviers pour redresser la barre ne semblent pas nombreux.

Rien ne va plus à Brest. Après un départ catastrophique, le Stade Brestois est aujourd’hui avant-dernier de Ligue 1. Sur les neuf premières journées de championnat, les hommes de Michel Der Zakarian n’ont récolté que quatre misérables petits points. Deux ans après avoir retrouvé l’élite, les Finistériens semblent plus menacés que jamais à l’heure où la Ligue 1 évolue tant comptablement qu’au niveau du jeu.

Une politique sportive claire pendant plusieurs années

Ces dernières saisons, le Stade Brestois 29 s’est démarqué de certains de ses concurrents par sa façon de travailler. En effet, loin de sa cacher derrière une situation financière pas des plus confortables, le tandem composé du président Denis Le Saint et du directeur sportif Grégory Lorenzi avait jusqu’ici privilégié un projet fait de continuité et de jeu.

En 2016, à son arrivée à la tête du navire brestois, Denis Le Saint décide de frapper fort. Alors que le club est sur le point d’entamer sa cinquième saison consécutive en Ligue 2, l’entrepreneur breton convainc Jean-Marc Furlan de rallier le Finistère ! En six ans passés à Troyes, « Monsieur montée » a connu trois accessions en Ligue 1. À Brest, un chantier important l’attend. De quoi le faire saliver, lui, l’ancien défenseur central téméraire des Girondins. Contre toute attente, la première saison est déjà un grand succès. Avec un effectif moyen et alors que l’objectif est avant tout le maintien, Jean-Marc Furlan hisse les pensionnaires du stade Francis-Le Blé à une encourageante cinquième place. Fidèle à lui-même, l’ancien entraîneur de l'ESTAC imprime sa patte et son traditionnel 4-1-4-1. Cinq ans après Alex Dupont, le public brestois s’est trouvé un nouveau prophète.

Pourtant, à l’aube de la saison 2017-2018, tout n’est pas non plus tout rose pour Jean-Marc Furlan. Alors qu’il termine sa première saison au club, le technicien originaire de Gironde doit faire face à une vague de quinze fins de contrat. Paradoxalement, il retourne la chose en sa faveur et en profite pour rebâtir son effectif comme il l’entend. En plus de pouvoir compter à nouveau sur ses soldats aujourd’hui historiques Quentin Bernard, Julien Faussurier ou encore Alexandre Coeff, Jean-Marc Furlan voit débarquer plusieurs renforts de marque en les personnes de Gaëtan Charbonnier, Mathias Autret et Anthony Weber. De quoi faire oublier la perte de Neal Maupay, de retour à St-Étienne après s’être refait la cerise du côté de Francis-Le Blé. Sa deuxième saison est un nouveau succès. Désormais installé, Jean-Marc Furlan continue de diriger ses protégés vers ce qu’il veut mettre en place.

Du 4-1-4-1, place au 4-4-1-1. Devant, la paire Autret-Charbonnier régale et participe à faire du Stade Brestois la formation la plus attractive de Ligue 2. Ce n’est toutefois toujours pas suffisant pour monter. À nouveau cinquièmes, les Brestois butent sur Le Havre au premier tour des barrages (2-0). La troisième année est la bonne. Encore renforcé par Ibrahima Diallo, Haris Belkebla ou encore Yoann Court, le Stade Brestois signe son retour en Ligue 1 au terme d’une saison exceptionnelle. Portés par leur duo magique, les Finistériens sont irrésistibles. À la pointe de l’attaque, Gaëtan Charbonnier pulvérise son record de buts en championnat (27) pendant que derrière lui, Mathias Autret termine à trois petites longueurs d’un joli double-double (9 buts, 8 passes).

La non-prolongation de Furlan, premier grain de sable dans la machine

Pourtant, à la surprise générale, Jean-Marc Furlan décide de ne pas poursuivre son aventure dans le Finistère. Malgré l’idylle qu’il vit avec ses joueurs et ses supporters, le natif de St-Foy-la-Grande s’estime lésé par ses dirigeants. Selon lui, en faisant trainer les négociations autour d’une éventuelle prolongation de contrat, Denis Le Saint et Gregory Lorenzi ne l’ont pas respecté. Il soupçonne également ces deux-là d’avoir choisi un autre entraîneur. Ses dires se confirment quelques semaines plus tard. Brillant avec le promu dijonnais, Olivier Dall’Oglio est chargé de sa succession. Si la gestion du cas Furlan a de quoi agacer, Denis Le Saint et Grégory Lorenzi réalisent tout de même un gros coup avec la venue du technicien originaire d’Alès. À Dijon, après avoir fait remonter le club dans l’élite, ODO est parvenu à donner au promu bourguignon un visage très séduisant, à domicile notamment. En le recrutant, Brest réalise le coup parfait et va pouvoir capitaliser sur le travail réalisé par Jean-Marc Furlan.

Olivier Dall’Oglio, une histoire en deux temps

À Brest, Olivier Dall’Oglio ne tarde pas à poser sa patte sur le jeu de l’équipe. Déjà éveillés tactiquement après trois années passées à travailler avec Jean-Marc Furlan, les Brestois vont encore un peu plus loin avec le technicien gardois. À l’intersaison, Jean-Kévin Duverne, Romain Perraud, Paul Lasne et Irvin Cardona renforcent l’équipe. Très vite, les quatre hommes deviennent des piliers de l’animation mise en place par le technicien gardois. À Francis-Le Blé, les Finistériens continuent de régaler leurs supporters. Malgré de grosses lacunes défensives, les Brestois s’appuient sur une forte productivité offensive pour acquérir le maintien du club. Déjà séduisants, Jean-Kévin Duverne et ses partenaires n’ont pas encore terminé d’assimiler ce qu’exige leur nouvel entraîneur.

À la reprise post-Covid, le Stade Brestois donne la pleine mesure de son potentiel. Emmenés par leur recrue Romain Faivre, les Bretons éclaboussent la première partie de saison de Ligue 1. Seul regret, la perte d’Ibrahima Diallo. Parti à Southampton, le milieu de terrain défensif français était un rouage essentiel à l’organisation brestoise. Sans lui, c’est tout le circuit de relance de l’équipe qui se trouve chamboulé. Pour autant, un peu plus haut, Romain Faivre se charge de compenser. Révélation du début de saison, le joueur formé à l’AS Monaco permet à son équipe de remporter plusieurs très belles victoires comme face à Lille (3-2) ou devant Saint-Étienne (4-1).

Problème, la machine se grippe en 2021. Plus en difficulté, Brest enchaîne les mauvais résultats. Moins tranchants offensivement, les Finistériens encaissent toujours autant. Résultats, face à la peur de descendre, Olivier Dall’Oglio change d’organisation, se reniant en partie. Le rendu n’est pas meilleur, au contraire. Petit à petit, Brest s’enlise et échappe de peu à la descente. Sur la phase retour, seuls Bordeaux, Dijon et St-Étienne cèdent face aux partenaires de Steeve Mounié. Au fil des mois, quelque chose s’est cassé avec Olivier Dall’Oglio. En mai, le technicien et ses dirigeants mettent fin à leur collaboration d’un commun accord.

L’étrange choix Michel Der Zakarian

Au moment du choix du nouvel entraîneur, le public brestois espère avoir droit à un nouvel entraîneur protagoniste dans la lignée de Jean-Marc Furlan et Olivier Dall’Oglio. Il n’en est rien. Une fois n’est pas coutume, Denis Le Saint et Grégory Lorenzi ont décidé de rompre avec la philosophie qui a fait les beaux jours du Stade Brestois. Après quatre saisons passées sur le banc de Montpellier, Michel Der Zakarian débarque dans le Finistère. Chevronné aux joutes de la Ligue 1, l’ancien entraineur du Clermont Foot et du FC Nantes ne trompe personne à son arrivée. "Mon aventure s’est arrêtée à Montpellier et derrière il n’y que Brest qui m’a sollicité. Comme je voulais continuer à entraîner, j’y suis allé" reconnait-il en toute franchise.

Loin du football champagne de ses prédécesseurs, le natif d’Erevan compte avant tout faire du Stade Brestois une équipe solide et difficile à jouer, soit le contraire de ce qui avait été fait fait pendant cinq ans. Malheureusement, la préparation n’augure rien de bon. En grande difficulté au moment de créer, les Brestois ne sont pas plus performants défensivement. Sur leurs six matchs amicaux, il n’y a que face à Plabennec (N2) qu’Haris Belkebla et ses partenaires sortent vainqueurs (2-4). S’ils parviennent à arracher le match nul à Lyon lors de la première journée, les Brestois ne produisent rien et sont même très inquiétants à voir évoluer. Parmi les circonstances atténuantes, la situation de Romain Faivre. Perturbé par les tractations autour d’un éventuel transfert à l’AC Milan, le jeune meneur de jeu brestois ne débute pas la saison dans les meilleures conditions. Finalement resté au terme d’une situation étrangement gérée, le joueur formé à Monaco peine à retrouver sa splendeur d’antan. À sa décharge également, Michel Der Zakarian doit faire avec un effectif limité qui n’a pas été renforcé lors du mercato estival, au contraire. De quoi plonger le club dans une situation très inquiétante.

Sans solutions, le technicien franco-arménien a beau tenter de changer les hommes et le système, rien n’y fait. Le 26 septembre, au sortir du revers concédé face à Metz (1-2), il paraît même pour la première fois défaitiste en conférence de presse. "On n'est pas efficaces dans les zones de vérité, on a la plus mauvaise défense, plus mauvaise attaque, on est à notre place aujourd'hui mais il ne faut pas qu'on abandonne. Plus les journées avancent, plus ça va être difficile. Il va falloir provoquer la réussite, ça demande un investissement de tout le monde. Là, il faut rester unis et aller chercher une victoire pour déclencher le positif. Pourquoi ne pas aller gagner à Nice ? Il va falloir être costauds contre une grosse équipe qui joue l'Europe. À nous de bien défendre pour pouvoir bien attaquer. Metz a attendu et nous a contrés. Je ne joue pas à la Playstation, ce n'est pas moi qui ai les commandes, j'ai un discours avant le match, à la mi-temps, toute la semaine, après moi je ne joue plus. Il reste 30 matches, à nous de gagner la moitié pour se sauver", déclare-t-il ce soir-là, prononçant sans le vouloir les mots d'un technicien sur la sellette. Une défaite plus tard (2-1 à Nice), Michel Der Zakarian semble plus menacé que jamais. Une chose est sûre, en allant contre ce qui avait fait la force du club pendant cinq ans, Denis Le Saint et Grégory Lorenzi se sont trompés. A eux de réagir désormais.

Plus d'infos :